mardi 5 décembre 2017

Jean d’Ormesson n’est plus un égaré


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Il le savait, nous le redoutions ; cette vie « épatante » s’est arrêtée dans la nuit du 4 au 5 décembre. Discrètement la pendule s’est bloquée. Monsieur Machavoine qui devait venir le lendemain à Plessis-Vaudreuil ne pourra pas relancer le mécanisme entretenu avec soin depuis un temps immémorial. Notre cher Desbois est bien en peine, comme nous tous.


Jacques Dumesnil, dans le rôle du Duc de Plessis-Vaudreuil, 1977.
Jean d’Ormesson fait partie des rencontres qui ne s’oublient pas. Deux souvenirs me reviennent en mémoire. Egal à lui-même en toutes circonstances tel que tout le monde le décrit. Je n’avais pas trente-cinq ans la première fois. Il m’a salué comme si on lui présentait François-Joseph ou Jean-Paul II. Son intérêt ne semblait pas feint pour l’inconnu insignifiant. Quelques années plus tard, je le croise lors d’une réception qu’il quitte à bord de son inimitable Mercedes 380 SL, beige ou grise, la mémoire m'échappe. Bien plus tard, nous abandonnons à regret ce lieu enchanteur et nous le rattrapons sur l’autoroute, roulant au pas de la calèche rose dans laquelle il se promenait à Saint-Fargeau avec sa Maman. Je fais pourtant partie de ces dangereux automobilistes qui respectent les limitations de vitesse, quand le rythme de leur changement incompréhensible ne m’échappe pas.

Le château de Saint-Fargeau, alias Plessis-Vaudreuil.

Vous n’avez jamais lu Jean d’Ormesson ? Vous êtes embourbés dans votre multiactivité congénitale ou sociale qui ne vous laisse de temps pour rien ? Vous aimeriez cependant découvrir cette joie intérieure que procure la fréquentation d’un véritable auteur. N’hésitez pas : jetez-vous sans hésiter sur ce petit ouvrage. Vous aurez en quelques pages un beau résumé du génie que vous avez eu la chance de connaître, même de très loin. C’est très rare, trop rare.

Vous pourriez aussi offrir ce bouquet de fleurs littéraires. Il se fanera moins vite que la plus belle des roses et pourra être «utilisé» une deuxième fois, une troisième, …

Le dernier livre de Jean d’Ormesson, avant le véritable point final qui paraîtra en 2018, donne un mode d’emploi aux égarés que nous sommes presque tous avec la culture (la véritable), l’intelligence, la finesse de l’analyse de notre société, de nos ressorts personnels et de la profondeur de l’Histoire que nous lui connaissons. Le ton est léger, les sujets profonds. 0n ne lâche pas facilement ce petit guide.

La dernière page lue, une certitude pointe ; d’Ormesson montre pourtant qu’elles ne sont pas nombreuses : aujourd’hui davantage qu’hier nous ne sommes pas tous des égarés. Nous, qui connaissons le Christ, savons d’où nous venons et où nous allons. Le chemin à emprunter reste largement étroit et difficile d’accès, même si depuis la fin du XIXe siècle une suite ininterrompue de Papes exceptionnels éclairent notre route. Les Evangiles, guides plus précieux encore, nous permettront de faire le bon choix de l’itinéraire si nous prenons le temps de les lire et de voir les Signes qui nous sont donnés, aujourd’hui encore. Certes, cette lecture est d’un emploi moins aisé qu’un GPS, mais d’une plus grande précision.

Une question demeure, et ce petit guide permettra peut-être de trouver quelques pistes de réflexion : pourquoi avons-nous à parcourir ce chemin, parsemé d’obstacles, d’épreuves, encombré de dangers mortels, de souffrances et du mal embusqué à tous les chapitres de notre vie, comme des Evangiles ? Jean d’Ormesson le souligne : ils suffisent en effet à nous occuper. Mais pourquoi avons-nous tant à souffrir et lutter contre toutes les formes du mal ? N’a-t-il pas été définitivement défait au pied de la Croix ? N’aurions-nous pas tous, catholiques ou non, davantage intérêt à faire le bien autour de nous ? La révolution serait plus forte, plus stable, plus durable que toutes celles des cinquante siècles de l’Histoire humaine. Jean d’Ormesson résume finement cette interrogation fondamentale : que fais-je là ?

Tel le Bienheureux Charles Ier (1887-1922), nous pourrons ainsi nous engager en toutes choses, à connaître le plus clairement possible la volonté de Dieu et à la respecter, et cela de la manière la plus parfaite. Nous aurons certainement le plus de chance d’arriver à destination. Cependant, une dernière question surgit alors : pourquoi le veut-Il ainsi ?
Jean d’Ormesson doit être heureux : il connaît enfin la réponse.

 Guide des égarés – Jean d’Ormesson – NRF Gallimard, 2016 – 14 €.

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